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Valentine Goby

Murène

 "Murène est moins l’histoire d’un combattant que d’un mutant magnifique : la transformation profonde d’une identité et d’un rapport au monde quand l’obstacle devient chance de métamorphose"

Valentine Goby

Murène

 "Murène est moins l’histoire d’un combattant que d’un mutant magnifique : la transformation profonde d’une identité et d’un rapport au monde quand l’obstacle devient chance de métamorphose"

Lecture musicale

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Jeudi 17 septembre 2020 : Lecture musicale de Murène faite par Valentine Goby accompagnée de Xavier Llamas à la guitare et aux percussions. Un moment exceptionnel !

 

Biographie & Bibliographie

Valentine Goby est née en 1974.  Après des études à Sciences Po, elle a vécu trois ans en Asie, à Hanoï et à Manille, où elle a travaillé pour des associations humanitaires auprès d'enfants des rues. Elle a commencé sa carrière professionnelle chez Accenture où elle a travaillé en Ressources Humaines de 1999 à 2001.
Elle publie son premier roman en 2002 chez Gallimard : "La Note sensible", qui obtient le Prix René-Fallet 2003.

Elle devient enseignante en lettres et en théâtre, métier qu'elle exerce en collège durant huit années avant de se consacrer entièrement à l'écriture, et à de multiples projets autour des livres : ateliers, rencontres, conférences, résidences d'écritures en milieu scolaire, détention, en médiathèque, à l'université.
Elle est maître de conférences à Sciences Po en littérature et ateliers d'écriture de 2013 à 2016, conseillère littéraire pour le festival du livre de Metz depuis 2016, et chroniqueuse pour le journal La Croix de septembre 2016 à janvier 2017.

Bibliographie sélective

biblioGoby

  •  La Note sensible, Gallimard, 2002 (Prix René-Fallet 2003
  • Sept jours, Gallimard, 2003
  • L'échappée, Gallimard, 2007
  • Qui touche à mon corps je le tue, Gallimard, 2008
  • Des corps en silence, Gallimard, 2010
  • Banquises, Albin Michel, 2011
  • Kinderzimmer, Actes sud, 2013 (Prix des libraires 2014
  • Un paquebot dans les arbres, Actes sud, 2016
  • Murène, Actes sud, 2019   

 

Outre ses publications en littérature générale, elle écrit une œuvre importante pour la jeunesse.

 

Les titres en gras sont disponibles dans le réseau des médiathèques

 

 

Murène

 Murène

 Murene

 Hiver 1956. Dans les Ardennes, François, un jeune homme de vingt-deux ans, s’enfonce dans la neige, marche vers les bois à la recherche d’un village. Croisant une voie ferrée qui semble désaffectée, il grimpe sur un wagon oublié… Quelques heures plus tard une enfant découvre François à demi mort – corps en étoile dans la poudreuse, en partie calciné.
Quel sera le destin de ce blessé dont les médecins pensent qu’il ne survivra pas ?

À quelle épreuve son corps sera-t-il soumis ?

Qu’adviendra-t-il de ses souvenirs, de son chemin de vie alors que ses moindres gestes sont à réinventer, qu’il faut passer du refus de soi au désir de poursuivre ?

C’est l’eau des piscines qui lui donnera la sensation de la plénitude : grâce à elle, l’obstacle devient une chance métamorphose, et ouvre la voie à tous les possibles.

Murène s’inscrit dans cette part d’humanité où naît la résilience, ce champ des possibilités humaines qui devient, malgré les contraintes de l’époque – les limites de la chirurgie, le peu de ressources dans l’appareillage des grands blessés –, une promesse d’échappées.

Car bien au-delà d’une histoire de malchance, ce roman est celui d’une métamorphose qui nous entraîne, solaire, vers l’émergence du handisport et jusqu’aux Jeux paralympiques de Tokyo en 1964.

 Une lecture musicale de Murène par l'auteure est prévue jeudi 17 septembre au 7, conservatoire à rayonnement intercommunal (Redon)

La lecture musicale est une performance d’environ 1 h 15 mn. Elle donne à entendre des extraits de la première partie du roman, jusqu’à la rencontre du personnage avec l’eau. La voix de la romancière et les instruments (guitare, percussions, idiophones) se répondent, s’interrogent, recréent ensemble les dialogues intérieurs des personnages, les émotions et sensations quiles assaillent, les lieux qu’ils rencontrent (la ville, la chambre d’hôpital, la montagne, l’aquarium, la piscine) à travers une bande-son entièrement originale aux lisières du rock , de la pop et du jazz..

 par Valentine Goby et Xavier Llamas

 

Extrait

"Il ne pourra plus se brosser les dents, boutonner une chemise, se raser, cirer-lacer-délacer ses chaussures, enduire un mur, pincer la joue de Sylvia, boire une chope, attraper un ballon, écrire une lettre, sculpter un bâton, glisser la clé dans la serrure, déplier le journal, rouler une cigarette, tirer la luge, décrocher le téléphone, se peigner, changer un pneu de vélo, ceinturer son jean, se torcher, payer à la caisse, couper sa viande, se suspendre aux branches, tendre un ticket de métro, héler le bus, applaudir, mimer Elvis à la guitare, signer, serrer une fille contre lui, danser avec une fille, donner la main à une fille, passer les cheveux d'une fille derrière son oreille, dénouer un ruban, toucher l'oreille d'une fille, la cuisse d'une fille, le ventre d'une fille, le sexe d'une fille, son sexe à lui, se pendre, s'ouvrir les veines, se tirer une balle, même se foutre en l'air il ne peut pas."

 Murène, p.56

 

Ils y sont, au palais de la porte Dorée, face au bois de Vincennes, pour la première fois. Dehors c'est la fournaise. Ils déambulent devant les vitres un peu floues, les bacs d'eau mouvante de cent à trente-sept mille litres en gigantesques fosses(...)

- Tu préfères quoi, toi ?

La rascasse volante répond François, aux nageoires déployées comme des ailes.

(...) Mais c'est un autre bac qui arrête François. D'abord il le croit vide. Et puis il voit la tête grise entre les pierres, la bosse crânienne prolongée d'un bec raboté, mi-serpent, mi-oiseau. Un bec-moignon il pense, sa laideur l'impressionne. Les yeux d'épouvante le fixent depuis le trou de roche. L'animal se dégage lentement sans cesser de l'observer, laissant apparaître une silhouette si grossière, sans écaille ni nageoires pectorales et ventrales, qu'elle semble surgie de la matière brute, une séquelle du fond des âges. La forme grise flotte au milieu du bac, l'oeil rivé à l'oeil de François, son goitre se gonfle et se dégonfle au gré de sa respiration. François pense elle me parle. Il est conscient qu'il divague, un grand calme entre en lui tandis qu'il se laisse contempler par l'oeil sans paupière. Son coeur se cale peu à peu sur les dilatations-rétractations de la gorge de l'animal. Maintenant la tête cogne doucement derrière la vitre contre sa main ouverte. Elle reste là, pupilles rondes braquées sur lui, la tête légèrement inclinée vers l'arrière comme quelqu'un qui murmure à l'oreille.

- Oh, une murène !

(...) Sylvia s'est éloignée, la murène avance à nouveau la tête. François ne songe pas à la double mâchoire cachée au fond de sa gorge, qui ne sert qu'à mieux déglutir rappelle le cartel, il se souvient du Monde du silence, des images de coraux explosés à la dynamite, du bébé cachalot haché par l'hélice du bateau du commandant Cousteau, des marins massacrant les requins par plaisir du carnage, du bouillon de sang mêlé d'écume, et il retourne à l'oeil placide de la murène, à l'ample battement de sa gorge, à sa gueule moche, attendrissante de vieux chien, il la regarde qui danse pour lui maintenant sous les néons de l'aquarium, la nageoire dorsale en coiffe souple, elle le fixe toujours tandis qu'elle ondule, elle me parle il se répète, c'est sûr. Et lui revient son lac de montagne sous la roche de la Loze, la sensation de l'eau comblait les interstices, tendait des voiles entre ses cuisses, ses genoux. Il avait eu envie de pleurer, comme dans l'amour quand il est grand amour, à cause de la sensation du plein retrouvée et bénie. Il avait été entier sans tricher, l'eau avait refermé les voies ouvertes à la mort. Le lac l'avait fait murène"

Murène, p.102

Revue de presse

"Valentine Goby dépeint la lente reconstruction d’un jeune homme victime d’un gravissime accident, à la suite duquel il a été amputé des deux bras. Le sujet est grave, le roman lumineux.
On lit dans Murène le récit d’un corps qui reprend vie, contre toute attente, et parfois même contre celui qui l’habite. Il y a tout, dans ce livre : l’isolement de celui qui se reconstruit, l’envie de renoncer, de tout balancer par la fenêtre. Puis les rayons de lumière qui filtrent sous la porte."
La Croix, octobre 2019

 

"Murène est le treizième roman de Valentine Goby, qui a déjà obtenu de nombreux prix littéraires. D'une écriture dense, épique et poétique à la fois, elle nous emmène sans jamais verser dans le voyeurisme dans un sujet ardu qu'elle traite de manière universellement humaine."

Culturebox, octobre 2019