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Franck Bouysse

Buveurs de vent

 "Pour moi, l'écriture, c'est quelque chose de très instinctif, comme je me suis construit moi sans avoir été guidé (...)

j'ai façonné comme ça une terre d'écriture."

 

Franck Bouysse

Buveurs de vent

 "Pour moi, l'écriture, c'est quelque chose de très instinctif, comme je me suis construit moi sans avoir été guidé (...)

j'ai façonné comme ça une terre d'écriture."

 

Biographie et bibliographie

Franck Bouysse naît en 1965 à Brive-la-Gaillarde.

Sa vocation pour l’écriture naîtra d’une grippe, alors qu’il n’est qu’adolescent.
Sa mère, institutrice, lui offre trois livres pour l’occuper tandis qu’il doit garder le lit : L’Iliade et L’Odyssée, L’Île aux trésors et Les Enfants du capitaine Grant.
Il ressort de ses lectures avec un objectif : raconter des histoires, lui aussi.
Après des études de biologie, il s’installe à Limoges pour enseigner.
Pendant ses loisirs, il écrit des nouvelles, lit toujours avidement et découvre la littérature américaine, avec notamment William Faulkner dont la prose alimente ses propres réflexions sur la langue et le style.
Jeune père, il se lance dans l’écriture de ses premiers livres : il écrit pour son fils les romans d’aventures qu’il voudrait lui offrir plus tard, inspiré des auteurs qui ont marqué son enfance : Stevenson, Charles Dickens, Conan Doyle, Melville… Son travail d’écriture se poursuit sans ambition professionnelle.
Le hasard des rencontres le conduit à publier quelques textes dans des maisons d’édition régionales dont la diffusion reste confidentielle.

En 2013, il déniche une maison en Corrèze. Alors qu’il est perdu dans ce hameau désolé, au coeur de ce territoire encore sauvage, un projet romanesque d’ampleur prend forme dans son esprit. Un livre voit le jour et, poussé par un ami, Franck Bouysse entreprend de trouver un éditeur.
Grossir le ciel paraît en 2014 à La Manufacture de livres et, porté par les libraires, connaît un beau succès. La renommée de ce roman va grandissant : les prix littéraires s’accumulent, la critique s’intéresse à l’auteur, un projet d’adaptation cinématographique est lancé. Ce livre est un tournant.

 

Bibliographie

bouysse bibliographie

 Les romans encadrés en vert sont disponibles dans les médiathèques du réseau.

 

Romans

Trilogie H.

  • Le Mystère H., ill. de Pierre Demarty, Les Ardents Éditeurs, 2008
  • Lhondres ou les Ruelles sans étoiles, Les Ardents Éditeurs, 2010
  • La Huitième Lettre, Les Ardents Éditeurs, 2012
  • L’Entomologiste, éditions Lucien Souny, 2007
  • Noire porcelaine, Geste Éditions, coll. « Le Geste noir » , 2013
  • Vagabond, éditions Écorce, 2013
  • Oxymort. Limoges : requiem en sous sol, Geste Éditions, coll. « Le Geste noir » , 2014
  • Pur Sang, France, éditions Écorce, 2014
  • Grossir le ciel, éditions La Manufacture de livres, 2014, rééd. Le Livre de poche, 20153 Prix Polar Michel-Lebrun 2015 ; prix Polars Pourpres 2015 ; prix des lecteurs de Villeneuve-Lez-Avignon 2015 ; prix sud-ouest du polar (Gradignan) 2016 ; prix SNCF du polar 2017.
  • Plateau, éditions La Manufacture de livres,2016, Prix Cercle Chapel (Belgique) 20164.
  • Glaise, éditions La Manufacture de livres, 2017, Prix Libr'à Nous du meilleur roman francophone 2018 (prix littéraire international des libraires francophones5).
  • Né d'aucune femme, éditions La Manufacture de livres, 2019, Prix des libraires ; prix Babelio (littérature française).
  • Orphelines, Moissons noires, 2020
  • Buveurs de vent, Albin Michel, 19 août 2020, 2020

Collectif

  • L’Enfance, c’est… / par 120 auteurs ; textes illustrés par Jack Koch ; préf. Aurélie Valognes : Le Livre de poche, novembre 2020

Ouvrages sur le Limousin

  • Et soudain, histoires vraies en Limousin, Villeveyrac, France, Le Papillon Rouge Éditeur, coll. « Histoires vraies », 2012
  • Femmes d'exception en Limousin, Villeveyrac, France, Le Papillon Rouge Éditeur, coll. « Femmes d'exception », 2014
  • Les Bouysse à travers l'histoire bretonne, Bargain, 1988

 

Les titres en gras sont disponibles sur le réseau des médiathèques

 

 

Buveurs de vent

 

Buveurs de vent

1.Buveurs de vent P1

 

 

 

 

Ils sont quatre, nés au Gour Noir, cette vallée coupée du monde, perdue au milieu des montagnes.

Ils sont quatre, frères et sœur, soudés par un indéfectible lien. Marc d’abord, qui ne cesse de lire en cachette. Mathieu, qui entend penser les arbres.
Mabel, à la beauté sauvage. Et Luc, l’enfant tragique, qui sait parler aux grenouilles, aux cerfs et aux oiseaux, et caresse le rêve d’être un jour l’un des leurs.

Tous travaillent, comme leur père, leur grand-père avant eux et la ville entière, pour le propriétaire de la centrale, des carrières et du barrage, Joyce le tyran, l’animal à sang froid...

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Extraits

Extraits

"Du haut de ses dix ans, ce fut Mabel qui la première eut l’idée d’apporter des cordes pour les suspendre en haut du viaduc. Ses frères trouvèrent le projet merveilleux, se demandant comment ils n’y avaient pas pensé avant elle. Ils escaladèrent la voie la moins escarpée, portant chacun deux cordes enroulées autour des épaules, pareils à des alpinistes. Ils atteignirent le sommet du viaduc, dominant en aval la vallée tout entière avec ses carrières, et en amont, la centrale électrique, le barrage, puis une enfilade de maisons, peu à peu devenue une ville ressemblant à un trompe-l’œil quasi immuable, étant donné que nul n’avait le droit de construire un bâtiment supplémentaire, pas même une cabane à poules, sans autorisation.

Les enfants avaient tout prévu. Ils accrochèrent solidement les cordes aux rambardes, deux espacées d’une vingtaine de mètres et deux autres, exactement en face. Matthieu avait proposé de doubler chaque corde, par souci de sécurité. Ils jetèrent ensuite une longueur dans le vide et fixèrent l’autre autour de leur taille. Marc fut chargé de l’arrimage, ayant appris tout un tas de nœuds dans un livre.

Matthieu descendit le premier, pour montrer comment il fallait s’y prendre. Une fois en bas, il fit un signe du bras. Les autres le rejoignirent et tous demeurèrent ainsi accrochés dans ce vide choisi, comme des araignées au bout d’un fil de soie, guettant l’arrivée du train, unis par une entente tacite.

Dès qu’ils entendirent rugir au loin la locomotive, les gamins se mirent à crier, mêlant leurs cris en un seul pour réduire en cendres leurs peurs et communier au sein d’un même bonheur immédiat. Les vibrations produites par la machine lancée à pleine vitesse sur les rails s’accentuaient au fur et à mesure de l’approche, avant de se transmettre aux cordes et de traverser dans la foulée les corps fluets de l’onde de vie la plus pure. La même impression d’échapper au temps multipliée par quatre. Une grande émotion.

Après que le train se fut éloigné, les gamins se regardèrent en silence, leurs corps se détendirent, imprégnés du monde sensible environnant. Au bout d’un moment, Luc se mit à se balancer d’avant en arrière en riant. Les autres l’imitèrent, riant eux aussi, avec la sensation de faire entrer toujours plus d’air dans leurs poumons, mais pas le même air qu’en bas sur la terre ferme. La rivière, les arbres et le ciel se mélangeaient comme s’ils se trouvaient eux-mêmes dans une de ces boules en verre qu’on retourne pour changer le paysage.

Au début, ils délogèrent des oiseaux qui nichaient sous l’arche du pont. Certains vinrent les défier, tels de petits matadors emplumés protégeant leur nichée, ou simplement leur territoire, si bien que, par la suite, les gamins prirent l’habitude de coincer un bâton dans leur ceinture pour se défendre, inventant des bottes secrètes de mousquetaire en riant de plus belle. Un de ces volatiles, un faucon, affirma Matthieu, qui connaissait les oiseaux et tout ce que la nature prodiguait, avait même failli crever un œil à Luc, qui en gardait une cicatrice sur la pommette droite, un fait de guerre dont il n’était pas peu fier et qu’il n’aurait voulu effacer pour rien au monde, allant même jusqu’à gratter la plaie en cachette pour qu’elle laisse une empreinte indélébile, la marque de sa bravoure. Au fil des rencontres, les oiseaux finirent par accepter leur présence inoffensive. Ils ne les attaquaient plus, ne les provoquaient plus, les frôlaient de temps en temps, comme pour les saluer, leur dire qu’ils faisaient désormais partie intégrante de leur environnement, qu’ils en étaient des composants nécessaires à son équilibre ; les surveillant pourtant.

Ils n’étaient encore que des gamins défiant le destin, sans autre idéal que ce moment de liberté absolue, dont ils conserveraient le souvenir jusqu’à la mort. Ils se moquaient éperdument du danger, n’imaginant même pas que la corde pût s’effilocher et encore moins casser. Ils envisagèrent, à tour de rôle et en secret, de couper la leur, mais n’en parlèrent jamais aux autres. S’ils l’avaient fait, peut-être que tous se seraient entendus pour chuter ensemble. Dans le futur, aucun d’entre eux ne pourrait affirmer que le jeu n’en valait pas la chandelle."

 

 

Revue de presse

"Dans une langue somptueuse et magnétique, Franck Bouysse, l’auteur de "Né d’aucune femme", nous emporte au cœur de la légende du Gour Noir, et signe un roman aux allures de parabole sur la puissance de la nature et la promesse de l’insoumission."

France Bleu, 26/08/2020

"Comme jamais il fait palpiter les nuances d'existences singulières dans les remous du fleuve d'adrénaline qui irrigue son roman noir. Dans cette petite commune française se croisent chasseurs de baleine et vétérans de la Grande Guerre, filles en quête de plaisir et poètes bagarreurs.
(...) On se croirait dans un grand roman américain. Avec une patine très française."

Le journal du dimanche, 20/08/2020

"Le titre qui déjà interpelle tient sa promesse d‘originalité et poésie tout au long du roman. Une écriture brillante et envoûtante tout en contraste, une brise légère pour dépeindre le monde innocent et enchanteur des 3 frères et un souffle inquiétant et orageux pour décrire la veulerie et lâcheté de la plupart des autres protagonistes. Entre ces 2 mondes, quelques héros remarquables, en particulier, Mabel, la sœur lumineuse et courageuse. Merveilleux roman, presque un conte pour illuminer des soirées de lecture."

Le Figaro, 30/08/2020