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Geneviève Damas vit a Bruxelles. Elle est comédienne, metteur en scène et auteur dramatique. Elle a écrit plusieurs pièces de théâtre. Son roman "Si tu passes la rivière" (Luce Wilquin 2011) elle a reçu le prix Victor Rossel et le prix des Cinq Continents de la Francophonie
Bibliographie
Raphaël écrit a son père.
Ils ne se sont plus vus depuis plusieurs mois en raison du covid, s'imagine ce dernier. Il s’agit de bien autre chose.
Depuis que Raphael est parti étudier le chant a Bruxelles, il vit, enfin, une existence conforme à ce qu'il est.
Ou plutôt à ce qu'elle est : Raphael est en train de devenir Nora. Il lui faut dire toute la vérité à son père sous peine qu'il ne reconnaisse plus son enfant.
Un retour sur un passé douloureux, la découverte de soi et d'une famille choisie, mais aussi, une déclaration d'amour à ce père, gardien de prison qui, au contraire de tous les présupposés, l'a aidé du mieux qu'il le pouvait depuis son enfance.
«Strange» de Geneviève Damas, les aigus du ténor
Le dernier livre de la romancière belge raconte un itinéraire trans, la découverte d’un art et une lettre au père.
Parmi les romans publiés en ce moment sur le genre et les transidentités, celui de Geneviève Damas a la particularité d’être à la fois modeste et ambitieux. Strange raconte le chemin parcouru par un jeune homme vivant dans une petite ville de la province belge pour devenir une femme trans. Il raconte aussi la découverte d’un art ; il y a de très belles pages sur l’exploration de la voix et du chant, sur les émotions provoquées par la musique que l’on entend et celle qu’on fait entendre. «Ma vie n’est pas exactement comme je te l’ai racontée», est-il dit tout au début. Le roman a la forme d’une longue lettre envoyée à son père par Raphaël devenu Nora. Raphaël sait très tôt qu’il n’est pas un garçon comme les autres, mais son père ne soupçonne rien des déguisements et maquillages cachés dans sa chambre, ni de la solitude et du harcèlement à l’école. La lettre n’est pas un règlement de comptes. Ce n’est pas seulement la honte qui a empêché l’enfant de parler à son père, il y a aussi la peur de blesser un homme déjà éprouvé. «La vie serait plus simple si j’étais mort… Il faut que je trouve quelque chose pour mourir sans être mort.»
Libération, septembre 2023